Après le « produire plus pour préserver mieux », un « faire mieux avec moins » !

Forêt mosaïque ou forêt magique ?

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Retour sur le Conseil d’Administration du 11 mars dernier : « un conseil d’administration important, selon le journal FLASH n°289, puisqu’une première version du plan stratégique de l’ONF et du contrat État-ONF pour la période 2021-2025 a été présentée aux administrateurs »… En réalité cette présentation a été bâclée en deux heures de temps ! Et, surtout, il se confirme que ces documents n’apportent aucune visibilité ni en termes de financement, ni en termes d’emplois !


La CGT-Forêt avait pour sa part élaboré une déclaration liminaire commune avec la FNAF : elle a toutefois soutenu l’essentiel de celle des autres syndicats, qui dénonçaient l’absence de feuille de route officielle :

« Toujours plus, toujours mieux mais sans chiffrage, ni moyens humains. Il ne reste plus qu’un catalogue d’intentions, bonnes pour certaines et néfastes pour la plupart. De ces documents ne ressortent aucun projet, aucune stratégie ambitieuse, aucun financement explicite ! »

Le cynisme de l’État

Pour la CGT, la plus grande caractéristique de ce qui a été présenté, c’est le cynisme de l’État. Celui-ci ne s’engage à (presque) rien… mais il ose demander toujours plus à son établissement et à ses employés : développer les services à la filière bois, renforcer le dialogue avec la société civile, évoluer vers une forêt « mosaïque », lutter contre le changement climatique, etc… Avec, comme contrepartie, le « maintien » (sans tenir compte de l’inflation) du versement compensateur ?

France Nature Environnement a fait une intervention plus courageuse qu’à l’habitude, dénonçant un défaut d’investissement public dans la forêt et qualifiant l’État… de mauvais gestionnaire et de mauvais stratège !

Le Directeur Général a dit qu’il y aura bien sûr encore des suppressions de postes à l’ONF, faut pas raconter des « carabistouilles ». Il a sans doute peu de notions concrètes de la gestion quotidienne des forêts publiques. Car si on n’est pas plus nombreux, voire encore moins, la forêt « mosaïque », le suivi continu, quantitatif et qualitatif, des régénérations, vont se transformer en maltraitance des forêts et des forestiers !

Vouloir aller toujours plus loin dans la régularité des contrats d’approvisionnement, sans vouloir avouer que c’est antinomique de la préservation des sols, c’est mettre les collègues dans une situation douloureuse.

Écrire à toutes les pages « concertation », « partenariat », « gouvernance » sans jamais faire le bilan de la gestion par les municipalités, en occultant complètement les situations de manque chronique de réinvestissement en forêt (que ce soit pour des raisons objectives ou non), d’irrespect des lois et des réglementations, d’absence chronophage de prise de décision ou de constance dans ces décisions…, c’est être à côté de la plaque pour les collègues qui passent dans la même journée d’un maire très gentil, mais « qui n’y connait rien » et vous demande de tout lui faire, à un autre qui méprise les fonctionnaires et « assimilés » et vous met devant le fait accompli d’un défrichement pour « sa » zone industrielle.

L’État nous demande également de développer une « stratégie de valorisation des services environnementaux ». Pour la CGT, cette marchandisation va poser beaucoup de problèmes éthiques aux collègues : par exemple, entre un reboisement « normal » et obligatoire après coupe rase, et un autre financé par une opération « compensant » des émissions, la différence tiendrait dans la justification d’une pollution ?…

Mettre en avant les réseaux naturalistes, c’est bien et c’est mérité pour nos collègues. Mais faire un bilan des postes réellement déchargés et compensés pour cette activité supplémentaire, ça serait peut-être ça le début d’une « professionnalisation » de la direction.

Le changement climatique a bon dos !

Dans une empathie très sélective, le DG ne voit que le changement climatique comme cause des risques psycho-sociaux. Sans nier la brutalité de ce qui arrive, on pense aussi pour notre part aux surcharges de travail, à l’impossibilité de bien faire son métier, aux chefs carriéristes, au manque de formation, aux réorganisations fréquentes, à la perte de sens, au manque de reconnaissance, aux inégalités de statut…

Le changement climatique va devenir le paravent de la direction, le problème qui cache tous les autres !

Les forestières et les forestiers doivent crier bien fort : « arrêtez de nous créer d’autres problèmes, laissez nous faire correctement notre métier, et nous gèrerons bien mieux que vous l’adaptation des forêts ! ».


Le plan de relance

Le plan de relance était aussi à l’ordre du jour du conseil d’administration. La Direction Générale s’interdisant de critiquer l’eau bénite tombée du gouvernement, la CGT s’est adressée au ministère pour remettre les choses au point :

Le montant global d’aides au reboisement est très faible, en comparaison par exemple des aides post-tempêtes de 1999. Pour M. Duclaud du Ministère de l’Agriculture, ce n’est pas comparable puisque le « pas de temps » n’est pas le même (un an pour déposer les dossiers, contre dix après la tempête). La CGT a répondu que le « pas de temps ! », c’est justement le problème… et que la forêt et les forestiers ont besoin d’argent… et de temps !

La définition de ce plan est absurde :

  • on mêle des aides indispensables à des parcelles sinistrées avec des aides très discutables pour la transformation de « peuplements pauvres » (il s’agit le plus souvent d’enrésinement de peuplements naturels !) ;
  • contre tous les avis scientifiques, on subventionne la plantation monospécifique jusqu’à 10 hectares !
  • en imposant une urgence électoraliste dans le dépôt des dossiers, on méprise et on court-circuite toutes les réflexions en cours dans le monde forestier.

L’État montre son dénuement complet en matière forestière en organisant l’attribution des subventions via des opérateurs (ONF bien sûr, mais aussi les coopératives forestières, les experts,…). Les DDT n’ont plus les moyens d’instruire réellement les dossiers : l’État organise sa sous-traitance !

La CGT a aussi pointé les dégâts que peuvent causer l’urgence et l’inadéquation : les collègues se démènent avec très peu de moyens pour rendre le plan réalisable dans les forêts publiques. Avec très peu de renforts autorisés, des redéploiements quasi-impossibles avec des services tous en surcharge, ce plan risque de laisser d’autres traces…