Chaleur, sécheresse et reboisement…
Déjà, vers le 25 mai 2026 nous avons connu un petit coup de chaud d’une semaine à 35-38°C, après des records de sécheresse les mois précédents. Vers la mi-juin, idem et la barre des 40°C est même franchie sur une bonne moitié du territoire national. Début juillet, nouvelle vague de chaleur où on avoisine de nouveau les 40°C et l’été est loin d’être terminé...
Quasi au même moment, le Fonds vert, censé accompagner les collectivités dans leur transition écologique, subi une nouvelle coupe budgétaire au point d’avoir été divisé par trois depuis sa création en 2023 (budget de 837 millions d’euros fixé par la loi de finances 2026). Un budget bien en deçà des prévisions de l’Institut de l’économie pour le climat qui a estimé, dans une note publiée en février 2026, que les investissements locaux devraient atteindre 19 milliards d’euros par an jusqu’en 2030 pour respecter les engagements climatiques de la France.
Depuis 2020, avec le plan France relance, des millions de plants sont mis en terre. Destinée aux propriétaires forestiers, publics et privés, cette enveloppe financière a pu permettre d’entamer le renouvellement des forêts sinistrées par les effets du changement climatique. Ce programme a été poursuivi en 2023 avec France 2030 afin de mettre l’accent sur l’adaptation des peuplements aux nouvelles conditions climatiques (canicule et sécheresse de 2022) puis en 2024 avec France Nation Verte pour améliorer la résilience de nos forêts face au changement climatique.
Aujourd’hui, quel bilan peut-on tirer ? Sans remettre en cause le choix des essences en liaison avec la station locale, quelle chance de vivre pour ces milliers d’arbres plantés en février-mars 2026 ? Quels seront les taux de reprise ? Avec des décrets de calamités probables en août, les propriétaires en seront pour sûr échaudés de retenter leur chance avant les présidentielles de 2027 ? Alors, commençons déjà par l’adéquation fine essence-station, puis la qualité des lots d’arbres réceptionnés mais surtout, la période de plantation. Arrêtons de planter après Noël pour maximiser nos chances d’obtenir des arbres mieux enracinés pour affronter ces épisodes caniculaires et secs qui vont se répéter d’ici à 2030 (avec +1.5°C !).
Ne pas mettre ses œufs dans le même panier !!!
Comment imaginer la forêt de demain ? Les solutions sont bien évidemment multiples face aux incertitudes de l’évolution du climat. La migration des espèces a toujours eu lieu et c’est grâce à la migration que la biodiversité s’est maintenue et à évoluer. Antoine Kremer, directeur de recherches à l’INRAE, a étudié l’histoire évolutive des arbres et notamment des chênes en explorant leur passé tout en anticipant leur évolution future. Et il est sans équivoque, les arbres de part leurs différences génétiques au sein d’une même forêt, sont capables d’évoluer en deux ou trois générations. Ils sont aussi capables de produire un très grand nombre d’individus d’où un brassage génétique important avec les échanges de gènes par le pollen. Un arbre est dynamique dans l’espace et dans le temps. Et même s’il y a des dépérissements importants et de la mortalité à la suite d’un épisode caniculaire, il reste toujours des survivants qui deviendront à leur tour géniteurs de la génération suivante. De plus, le changement climatique n’a pas d’effets sur la reproduction de graines et les arbres sont même plus prolifiques avec l’augmentation de la température et la concentration de CO2.
Pour adapter nos forêts au changement climatique, on nous parle de migration assistée mais cela fait débat au sein des scientifiques, chercheurs et forestiers. Est-ce que les arbres plus résistants aux fortes chaleurs et aux sécheresses vont réellement s’adapter dans des sols sur lesquels ils n’ont pas l’habitude de pousser ? Est-ce que les espèces introduites ne vont pas devenir invasives et prendre le dessus par rapport aux essences locales ? Est-ce que l’introduction de nouvelles espèces ne vont pas contribuer à de nouveaux risques sanitaires ?
Certes, la plantation est une solution pour reconstituer les peuplements mais il est important de travailler avec ce que nous donne dame Nature. La régénération naturelle, souvent très diversifiée, reste une solution à privilégier. Antoine Kremer, par ses travaux, a pu montrer qu’il y avait autant de diversité génétique dans deux peuplements de chênes éloignés l’un de l’autre et que les gènes caractérisant l’adaptation au changement climatique ne sont pas encore mobilisés dans les peuplements situés au nord mais qu’ils vont l’être à terme.