Hypocrisie générale !

Déclaration liminaire de la CGT (CGT-Forêt et FNAF) au Conseil d’Administration du 11 mars .

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On attend toujours les « arbitrages » sur les trajectoires financière, de masse salariale et d’effectifs ! Mais on connaît déjà les « cibles » : ce sont les personnels de l’ONF et les forêts publiques…


Pour la CGT, l’hypocrisie générale du projet de contrat ne met pas assez en valeur les décisions pourtant déjà prises avec plus ou moins de lâcheté. Certaines méritent d’être soulignées :

  • abandon des subventions d’équilibre par l’État et non remise en cause du racket du CAS Pension, et donc décision de noyer l’établissement dans la dette ;
  • abandon du « changement de modèle économique » de l’ONF, pourtant encore écrit dans le Plan stratégique !
  • choix manifeste de favoriser la filière et ceci quoi qu’il en coûte pour la forêt et les forestiers. Cette logique, poussée au bout, permettrait la vente du dernier arbre d’une forêt, à condition que ce soit en contrat d’approvisionnement, livré et cubé usine…
  • marchandisation de ce qui faisait la fierté des forestiers polyvalents défendant la multifonctionnalité : il ne s’agit plus de concilier les enjeux avec des coupes et des travaux encadrés et prévus dans un plan de gestion durable, mais de vendre de la compensation carbone aux pollueurs, de la compensation biodiversité aux bétonneurs, et bientôt de l’air pur aux promeneurs.
  • mépris envers toutes les alertes sur les risques psycho-sociaux qui sont pourtant le fruit de la politique des dernières années…
  • extinction des fonctionnaires : ce statut est considéré comme « inconciliable » avec l’avenir de l’établissement ! Une décision toujours dénoncée par les syndicats car c’est bien ce statut d’indépendance qui permet de concilier les enjeux souvent opposés et exacerbés sur la forêt !
  • disparition des Ouvriers Forestiers et donc de ces métiers manuels qualifiés qui pouvaient s’exercer dans des conditions correctes et avec une valeur ajoutée pour l’établissement ! Le courage des directeurs, c’est de se défaire des responsabilités d’employeur pour endosser le rôle bien plus facile de donneur d’ordre et de contrôleur de sous-traitants pressurés. Cette décision, « avouée » à chaque déplacement de la direction générale ne figure pas dans le Contrat !

Une vision de société ?

Ces décisions révèlent une vision de société qui n’est pas la nôtre :

  • une société où la puissance publique se coupe elle-même les ailes et demande à son bras armé d’assumer ses responsabilités tout en organisant son déficit et ses dysfonctionnements ;
  • une société où on refuse de financer les services utiles à tous par un pot commun qu’on appelle l’impôt… Et où les plus puissants ne versent pas vraiment leur part : avec l’argent économisé, ils se paient même des prestations au bénéfice de leur image et se dédouanent de leurs devoirs vis-à-vis d’une transition écologique qu’ils ont rendu nécessaire !
  • une société où plutôt que de donner la priorité à la pérennité de la forêt, on hypothèque le futur pour les débouchés putatifs d’une filière industrielle à trente ou quarante ans…
  • une société où on refuse de recruter des milliers de jeunes qui seraient tout à fait prêt à devenir fonctionnaires dans des métiers qui ont du sens pour la société et son avenir… Pour plutôt les employer au compte-goutte, en déqualifiant leur métier, en précarisant leur fonction ! On leur demande aussi de mettre leur éthique dans la poche !
  • une société où la compensation carbone permet de multiples mensonges… Où on écrit concertation et dialogue à chaque page pour mieux s’asseoir alors sur la parole donnée à la Convention Citoyenne sur le Climat.

Cette société n’est voulue que par certains et ne profite qu’à quelques-uns… et certainement pas aux forestiers et aux forestières de l’ONF !

Bref, la direction rejette toute remise en cause de sa politique et reprend comme si de rien n’était la litanie de ces mots-clés qui sont autant de menottes aux poignets de l’ONF : performance, gains de productivité, logique d’entreprise, marge nette positive, efficience, développement de la filière, transition, équilibre,…


CP et PST dans un bateau

On a donc, pour les cinq ans à venir de l’ONF :

  • d’un côté : CP, le contrat de plan, 11 pages en noir et blanc, avec juste des parties soulignées ou en gras… 4 axes et une dizaine de sous-parties.
  • et de l’autre, PST, le plan stratégique, maquetté comme un rapport d’activité (de la couleur, des encadrés, de belles photos pour la couverture et pour les intercalaires…). 34 pages pour le document principal (6 axes, 22 objectifs)… 21 pages pour les annexes où sont détaillés les 59 leviers stratégiques !

Arbitrages attendus contre sacrifices déjà engagés !

Quelle est l’articulation entre les deux documents ?… Le JOURNAL FLASH fait figurer une flèche double entre les deux mais précise, pour le contrat de plan : « il sera complété et consolidé suite au conseil d’administration avec les arbitrages concernant les moyens (financements et effectifs) ».

Dans le projet de CP, on trouve à toutes les pages ou presque « ce que l’État attend de l’ONF ». Mais ce n’est que dans l’axe 4 et sur une demi-page que l’on parle de la réciproque : « en contrepartie des efforts mis en œuvre par l’établissement, l’État s’engage à soutenir financièrement l’ONF et lui garantir, dans le cadre de l’adoption annuelle de la loi de finances, des moyens de financement pour réaliser ses missions ». On parle du maintien du versement compensateur, de financement à coûts complets des MIG, et enfin du financement de toutes missions nouvelles d’intérêt général… Mais, entre parenthèses, il y a ce « petit » dièse : « en cours d’arbitrage », est-il rajouté !

La dernière page du CP présente les indicateurs de suivi : autant on évoque des nombres, des surfaces, des volumes et des taux pour les trois premiers axes, autant on reste très vague pour l’axe 4 où l’on trouve ces indicateurs laconiques : « évolution des effectifs sous plafond » — « besoin de financement annuel »…

« Au regard des moyens définis par l’État et en phase avec les orientations du présent plan stratégique, la direction arbitrera explicitement, à tous les niveaux, les missions et tâches à accomplir en priorité et celles à arrêter » : voilà ce qu’on lit dans le PST, en conclusion de l’axe 6. On y parle en vrac de réduction des coûts et de ventes de maisons forestières… mais surtout du « respect de la trajectoire de masse salariale contractualisée avec l’État » !

Le titre de l’axe 4 du CP, c’est « un établissement public performant, autour d’un modèle économique restauré, de compétences confortées, d’un dialogue permanent et de qualité et d’une efficience accrue ». Celui de l’axe 6 du PST : « gagner en performance pour améliorer le modèle économique » !

Ou comment passer de la langue de bois (le CP) au pragmatisme le plus cynique (le PST)… Mais au passage, qui tombe à l’eau ?