Raison d’être… ou comment se faire avoir !
S’il y a un pilote dans l’avion ONF, ce n’est sans doute pas le directeur général, encore moins le président du CA… C’est peut-être bien — prenez votre souffle — le directeur général adjoint de la performance économique et environnementale des entreprises au ministère de l’Agriculture !
C’est ce qui ressort en tous cas d’une lecture du Journal Flash consacré au conseil d’administration du 16 décembre dernier et notamment de sa première page…
À vrai dire, on n’a pas été creuser plus que ça, mais avec le plan stratégique, la RSE (Responsabilité Sociétale d’Entreprise) et enfin la Raison d’être, on a pensé à Danone : cité comme parangon pour sa politique de RSE, le groupe vient d’annoncer une restructuration prévoyant 500 suppressions de postes en France… pour accroître les marges du groupe. 500 comme à l’Office !
L’ONF est loin d’être coté en bourse (ça viendra peut-être quand il se sera recentré sur ses services les plus rentables : l’approvisionnement en matière première à grande échelle et le « greenwashing » avec un marketing de l’affichage environnemental tous azimuts…). Mais avec ces pressions sur la productivité, sur les gains en performance (« soyons plus productifs ! », nous dit-on), bref sur la nécessité de réduire les coûts… l’ONF pourrait très bien, comme Danone, voir sa RSE (quand elle sera élaborée) accusée d’être trop coûteuse et de ne pas être pertinente d’un point de vue industriel.
En attendant, Plan stratégique, RSE et Raison d’être font un tout (être une entreprise à mission comme Danone implique d’inscrire dans les statuts une « raison d’être »)… Voyons donc quelle est la raison d’être de DANONE : « apporter la santé par l’alimentation au plus grand nombre ».
Elle est moins ambitieuse que celle de Veolia : « contribuer au progrès humain, afin de parvenir à un avenir meilleur et plus durable pour tous »…
À l’ONF, ils ont planché dur pour trouver une raison d’être à notre travail quotidien depuis des décennies. Les cerveaux fatigués par un an de réflexion sur le plan stratégique ont lâché la bride à leurs fantasmes, avant de mettre un gros filtre politiquement correct.
Voici les raisons d’être abandonnées dans les poubelles de la DG, juste avant d’être passées au broyeur du cabinet-conseil :
- Les racines en l’air, la tête dans le sable
- Du blanchiment au verdissement, tous ensemble avec HSBC
- Préservation de la biodiversité : plus de chèques, moins d’espèces
- Agir pour la forêt : toucher le fonds pour rebondir
- Simplification des aménagements : dernier inventaire avant liquidation
- Hêtre ou ne pas Hêtre, la forêt y pense à chaque soupir
- Quand la Forêt ne fera plus Exception
- Aimer la forêt à en perdre la raison d’être
- Raison d’être : Esquisse moquent de nous ?
Denormandix… le ministre du bois
À propos du syndrome Idéfix : le simple fait d’abattre un arbre est systématiquement accompagné de cris d’habitants scandalisés… Même si Dubreuil, l’ancien DG de l’ONF, devait être profondément immunisé contre le syndrome en question, il n’en est pas l’« inventeur » ! Il l’a simplement colporté… pour mieux le pourfendre !
« Je suis tombé dedans quand j’étais tout petit ! », voilà ce que disait Julien Denormandie, ministre de l’Agriculture, lors de son audition du 29 juillet 2020 par la commission des affaires économiques de l’Assemblée nationale…
Mais dans quoi est-il tombé exactement ? Dans la forêt ? — Non, même s’il déclare à Cultivons nous.TV qu’il est devenu, après ses études d’agronomie, « un spécialiste de la forêt »… Dans la filière forêt-bois ? — Non plus, même si, selon la presse, le ministre, lors de cette audition toujours, « lève le voile sur sa vision en matière de forêt et de bois ».
Réponse : il s’agit de la filière bois tout court ! Et c’est de famille : son oncle Laurent Denormandie, à la tête de l’entreprise Sylvabois, fut président de la Fédération nationale du bois (FNB) de 2002 à 2014 et président de l’interprofession France bois forêt entre juin 2012 et juin 2015. Toujours à Cultivons nous.TV, il révèle que sa première expérience professionnelle, il l’a eue dans une scierie !
On ose ce rapprochement, mais c’est un peu comme s’il disait : je suis un spécialiste de l’élevage, d’ailleurs j’ai commencé comme apprenti-boucher !…
Lors des débats sur l’article 33 de la loi APAS, Denormandie déclarait : « j’ai évoqué la question des espèces à choisir dans le cadre de la plantation de 50 millions d’arbres. Le défi est que, dans vingt ou trente ans, en France, la construction bois recoure au bois français ».
Vingt ou trente ans ? C’est pas encore trop long ? Il est vrai que le ministre est prêt à patienter une vingtaine d’années supplémentaires : « quelles espèces convient-il de replanter ? Le sujet n’est pas mince : il engage la vision que nous devons avoir à un horizon de trente, quarante ou cinquante ans, sur ce que la forêt offrira à exploiter. »
Arrivé à ce degré d’ignorance, pourquoi ne pas envisager la solution miracle qui, elle, a le mérite d’exister : la méthode MIYAWAKI ? Là, ce ne sont plus des arbres, mais carrément une forêt que l’on peut planter ! Une forêt qui « offre en une dizaine d’années les bénéfices d’un écosystème forestier centenaire ! »…