Sans services publics, l’enfer climatique !
NDLR — Cet article (y compris son titre, repris en première page) est largement inspiré de celui de la journaliste Marie Toulgoat, qui nous a semblé être le meilleur compte-rendu de cette conférence de presse. On peut visionner la conférence sur YouTube : https://www.youtube.com/watch?v=OOhTdDiPjeI
Sécheresse, canicules, orages extrêmes, incendies de forêts démontrent les impacts du changement climatique. Ces événements ont remis en pleine lumière le manque d’investissements, d’effectifs ainsi que les conditions de travail dégradées dans les services publics. Les sous-investissements chroniques nuisent à la prévention et à la réponse aux événements météorologiques, dénonce la CGT Fonction Publique qui a organisé une conférence de presse ce 15 septembre avec les syndicats CGT de Météo-France, de l’Office national des forêts et des SDIS (services départementaux d’incendie et de secours).
Participants : Stéven Testelin (CGT Météo-France), Céline Verzeletti (UFSE CGT), Loukas Bénard (CGT-Forêt) et Sébastien Delavoux (collectif CGT des Services d’incendie et de secours).
Cinq personnes décédées en Corse après de violents orages, 62 000 hectares déjà partis en fumée et des forêts qui continuent à flamber en Gironde, une sécheresse sans précédent et des cours d’eau au plus bas…
Après un été criblé d’évènements météorologiques hors norme, signe indiscutable du changement climatique, l’heure est au bilan. Et, du côté des agents des services publics en première ligne, il est sans appel !
« Les catastrophes climatiques ont bien mis en lumière le manque de moyens et d’effectifs dont souffrent aujourd’hui les services publics », assure l’Union fédérale des syndicats de l’État (UFSE) CGT.
À l’Office national des forêts, dont le rôle de prévention et de police est primordial dans la lutte contre les incendies, le nombre d’agents a été divisé par deux depuis la création de l’établissement public. Alors que 16 000 agents arpentaient les massifs boisés en 1964, éteignant pour certains les départs de feu avant que ceux-ci ne dégénèrent, ils ne sont plus que 8 000. Si les moyens matériels, comme l’octroi de véhicules neufs, n’ont pas encore fondu comme neige au soleil, les agents ne sont plus assez nombreux pour en faire bon usage.
« Nous sommes passés de 192 à 130 ouvriers APFM (agents de protection de la forêt méditerranéenne)… On a donc de plus en plus recours à des saisonniers qui partent parfois en patrouille sans soutien d’un agent titulaire. Il y a une vraie chute des compétences, et donc de l’efficacité de nos missions », déplore Loukas Bénard, secrétaire national de la CGT-Forêt.
À Météo-France aussi, les ressources allouées aux missions de prévision météorologique et de prévention des risques ont dégringolé. « Depuis 2008, nos moyens ont été réduits d’un tiers, 1 200 postes ont été supprimés ainsi que les 3/4 de nos implantations territoriales », détaille Steven Testelin, du Syndicat national de la météorologie CGT.
Avec moins de prévisionnistes spécialisés, Météo-France devient moins capable de produire des bulletins ciblés sur des territoires. L’établissement se révèle également bien plus lent à prévenir les autorités administratives en cas de phénomène météorologique dangereux. L’absence d’anticipation des orages violents survenus en Corse au mois d’août est-elle la conséquence de ces manques de moyens ? Répondant aux critiques après le retard de l’activation de la vigilance orange, la direction de Météo-France précise simplement que l’événement, « exceptionnel », a surpris. Mais les agents ne peuvent pas affirmer qu’un tel raté ne se reproduira pas.
Chez les soldats du feu, après une saison estivale soufflée par les incendies, on connaît les mêmes interrogations : que se passera-t-il, les prochains étés, si les pays européens n’étaient pas en mesure d’envoyer du renfort comme cette année ? Les probables futurs feux, s’ils ne devaient être maîtrisés qu’avec les moyens actuels, pourraient faire des victimes, craignent-ils. « 80% des pompiers sont des volontaires », rappelle Sébastien Delavoux, animateur du collectif CGT des SDIS, qui invite l’État à embaucher davantage de professionnels. « Aujourd’hui, les SDIS fonctionnent grâce au surinvestissement des agents », affirme-t-il.
L’investissement dans ces services publics paraît d’autant plus primordial que lorsque l’un des rouages s’affaiblit, c’est toute la mécanique de réponse à l’urgence climatique qui est compromise. « Lorsque nous ne sommes pas en mesure d’avertir à temps les préfets d’un événement météorologique, cela va perturber la réponse des services de secours », illustre le prévisionniste de Météo-France. Idem lorsque la police des forêts est contrainte de dégrader la qualité de ses patrouilles, laissant des départs de feu se muer en incendies.
Malgré leurs alertes, les agents craignent que les leçons de cet été dévastateur — qui promet de devenir la norme — n’aient pas été tirées. « Notre contrat signé avec l’État, qui court jusqu’en 2025, prévoit la suppression d’environ 100 postes supplémentaires par an » à l’ONF, assure Loukas Bénard.
« Il faut se battre contre le démantèlement de ces services publics et les renforcer pour combattre le réchauffement climatique », insiste l’UFSE.
La CGT revendique des moyens supplémentaires indispensables pour pouvoir répondre aux besoins. Les discussions en cours sur le projet de budget 2023 montreront les réelles volontés du gouvernement.