"Les arbres entre visible et invisible"

conseil de lecture.

Lecture 3 mn

Ernst Zürcher

Préface de Francis Hallé / Postface de Bruno SirvenActes Sud / Hors collection — Septembre 2016 — 14,00 × 20,50 cm288 pages / ISBN : 978-2-330-06594-2 — Prix : 29,00 € / 8,50 € en numérique

Francis Hallé, dans Plaidoyer pour l’arbre (Actes Sud, septembre 2005) écrivait : « l’histoire conservera le nom d’Ernst Zürcher, professeur de sciences forestières à l’École polytechnique de Zurich, comme celui du scientifique qui a eu l’audace de consacrer ses recherches aux influences de la Lune sur les arbres, donnant ainsi une base objective à de très antiques traditions empiriques, aussi anciennes peut-être que l’être humain lui-même »…

Et, dans la préface de l’ouvrage, Francis Hallé écrit : « nos arbres d’Europe sont des êtres sociaux et je ne pense pas qu’à l’état isolé ils montrent mieux qu’en forêt leurs caractères spécifiques ; à mon avis c’est l’inverse… »

Dans la postface, Bruno Sirven, auteur de l’incontournable Le Génie de l’Arbre (Actes Sud, septembre 2016), souligne que l’éclectisme de Zürcher « se retrouve dans tous les champs de la connaissance qu’il a convoqués ici pour traiter d’un sujet aussi vaste, transversalité de l’arbre oblige : ethnologie, histoire, anthropologie, mathématique, physique, astronomie, chimie, pédologie, biologie, géographie… et bien sûr botanique… »

Pour la quatrième de couverture, « ce livre brosse un panorama dans lequel le visible et l’invisible s’entrecroisent. Il y est question des peuples de l’arbre, du secret de la longévité des arbres, du nombre d’or, d’eau "nouvelle", de marées dans les fûts et de pouls cosmique des bourgeons, de messages subtils des arbres, aujourd’hui mesurables, tels les signes avant-coureurs de tremblements de terre, et de bien d’autres choses encore : qu’est-ce que le "bois de lune" ? Que nous révèle un "électrodendrogramme" ? Comment une maison en bois, un feu de bois ou tout simplement l’air de la forêt agissent-ils sur notre santé ? Pourquoi les arbres et les forêts ont-ils été des sources de fertilité pour l’agriculture et comment peuvent-ils le redevenir – et par là même agir contre l’effet de serre ? ».

Après avoir évoqué, dans nos derniers numéros (443 et 444), La vie secrète des arbres de Peter Wohlleben puis L’arbre au-delà des idées reçues de Christophe Drénou, c’eût été une grave lacune que de ne pas conseiller cet ouvrage que tout forestier devrait avoir dans sa bibliothèque…


Air pur et eau fraîche…

Ernst Zürcher, dans l’ouvrage cité ci-dessus, nous convie à réviser nos notions de botanique, notamment en ce qui concerne la photosynthèse ! Voici un extrait du livre où l’auteur met l’accent sur le caractère neuf de l’air et de l’eau que celle-ci produit…

— Pour chaque tonne anhydre de bois élaborée par l’arbre, une masse de 1,851 tonne de CO2 gazeux est soustraite à l’atmosphère, allégeant d’autant l’effet de serre suivi de réchauffement climatique qui préoccupe actuellement l’humanité. Il s’agit là d’un processus puits de carbone persistant aussi longtemps que le bois n’est pas brûlé ou décomposé, relâchant alors une quantité analogue de CO2 dans l’atmosphère. Il s’agira donc dans le futur d’incorporer le bois de façon durable soit dans les constructions comme matériau, soit dans les sols afin d’en augmenter la teneur en matière organique sous forme stable.

— Chaque tonne anhydre de bois élaborée par l’arbre s’accompagne d’une masse de 1,392 tonne d’oxygène nouvellement formé, issu de la photolyse de l’eau. Ceci représente un volume considérable de 973 mètres cubes à l’état pur et, encore plus considérable, de 4 636 mètres cubes, mélangé à raison de 21 % à l’air que nous respirons pour nous maintenir en vie. Ce qui suscite une question pas très orthodoxe, formulée du point de vue des qualités : un tel oxygène néoformé, entrant pour la première fois en tant que tel dans la biosphère, a-t-il des propriétés différentes par rapport à de l’oxygène "ancien" ? Trouve-t-on éventuellement ici l’une des raisons pour lesquelles l’air forestier a toujours été ressenti comme étant particulièrement favorable à la santé ?

— Chaque tonne anhydre de bois élaborée par l’arbre s’accompagne d’une masse de 541 kilos d’eau nouvellement formée. Comme pour la composante précédente, il s’agit là d’une eau parfaitement pure, qui n’a encore jamais circulé dans le grand cycle « évapotranspiration-formation des nuages-condensation/précipitation-ruissellement/percolation-accumulation-résurgence ». Ici également se pose la question des qualités, propriétés ou vertus spécifiques d’une telle eau, surtout au regard des multiples formes de pollution que subit actuellement l’eau des cycles externes.