Mal Travail, le choix des élites

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Conseil de lecture

« Mal Travail, le choix des élites » de François Ruffin

Date de parution : 07/02/2024
Éditeur : Les Liens Qui Libèrent
Collection : Les Liens Qui Libèrent
Nombre de pages : 224

« Un "nouveau pacte de la vie au travail". » Telle était la promesse, durant le conflit sur les retraites, du président de la République. Un engagement déjà oublié.

Pourtant, c’est bien vrai : le travail va mal en France. Il fait mal, mal aux corps, mal aux esprits. Et ce n’est pas qu’un ressenti : c’est pire chez nous qu’ailleurs, que chez nos voisins. Et nullement par hasard : nos élites ont bel et bien noué un « pacte » depuis quarante ans. Mais c’est un pacte contre le travail.

Ce « mal-travail français » a un coût ! Sur la santé des salariés, bien sûr. Sur le budget de la Sécu. Sur les entreprises, désorganisées par l’absentéisme, par le turn-over. Sur la société tout entière : ce sont des pans de notre économie, de nos services publics, qui dysfonctionnent, en peine de recrutements, en panne de compétences. Sans compter le coût politique : le ressentiment privé, dans l’entreprise, rejaillit en ressentiment public, dans les urnes.

C’est par ce constat que débute le livre de François Ruffin, avec à l’appui des chiffres qui décrivent la gravité de la crise du travail dans notre pays : 750 victimes d’accidents mortels au travail par an, ce qui nous positionne en fin du classement européen, juste devant l’Estonie et la Lituanie. Sur 27 millions de salariés (53 % d’hommes et 47 % de femmes), chaque année plus de 100 000 travailleurs sont déclarés inaptes pour des raisons physiques (usure prématurée) ou mentales (burn out).

C’est le résultat de l’intensification du travail prônée par tous ces cabinets d’experts à la botte du patronat et de la finance. Ceux que la sociologue Marie-Anne Dujarier appelle « les planners » qui pensent la tâche sans la faire avec une seule intention : baisser le coût du travail.

Pour sortir de cette situation, l’auteur propose quelques pistes : les salariés doivent se syndiquer pour mieux défendre leurs droits. Il faut promouvoir les formes d’entreprises sociales et solidaires qui développent l’autogestion comme les coopératives ouvrières (SCOP), remettre dans les entreprises les CHSCT supprimés par Macron. Et diminuer le temps de travail et revenir à la retraite à 60 ans.

Cette situation, nous l’avons connue à l’ONF et elle perdure avec ses conséquences pour les personnels et pour l’établissement qui sombre, alors que la société a besoin d’un service public forestier renforcé pour faire face aux enjeux du changement climatique.

La situation des 3,4 millions de non salariés et notamment de ceux qui sont sous le statut d’auto-entrepreneurs souvent avec une protection sociale très faible, n’est pas plus enviable. Au contraire, c’est là une forme de nouvel esclavage comme le sont les livreurs Deliveroo ou Uber Eats ou encore les chauffeurs VTC.

Plus de 27 millions de travailleurs salariés ou indépendants précarisés et leurs organisations syndicales diverses mais unies ont la capacité d’arrêter cette descente aux enfers. C’est le défi auquel nous faisons face.