"Quand les arbres et la planète décident d’en finir avec les occupants"

conseil de lecture.

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The End — Bande dessinée de ZEP (scénario et dessin)

Broché 19 € / ebook 8,99 € — Format 24 cm × 32 cm, 88 pagesÉditeur : Rue De Sèvres — Date de parution : 25/04/2018

Une bande dessinée de l’auteur de Titeuf : un thriller post-apocalyptique chaudement recommandé par le botaniste Francis Hallé, où il sert de modèle au Pr Frawley.

Nous avons essayé ici un résumé de la BD pour donner envie de l’acheter et de la lire… Dans la légende, les numéros renvoient à des cases ou ensembles de cases. Pour une lecture plus facile, nous avons ressaisi le contenu des bulles qui était en écriture manuelle.

ZEP, l’auteur de TITEUF, confiait à Télérama : « Je ne suis pas un dessinateur réaliste, je dois faire un casting pour définir graphiquement mes personnages. Pour Frawley, je me suis inspiré du botaniste Francis Hallé, mon conseiller pour cet album, qui a accepté de poser. Je lui avais écrit, pour avoir son avis, pour savoir ce qui ne tenait pas dans mon récit. Il m’a tout de suite répondu, et nous avons passé beaucoup de temps ensemble. J’aurais pu l’écouter pendant des jours sans manger ni boire, simplement me parler des arbres. »

« J’ai trouvé jouissif de faire ce récit qu’on peut qualifier de post-apocalyptique. Ce qui m’intéressait, toutefois, n’était pas comment les hommes réagissent dans une situation extrême… J’ai voulu montrer une prise de conscience, celle que l’homme n’est pas le maître, mais bien l’hôte de la Terre. »

« Mon fils a servi de modèle à Théodore, et m’a mis en selle pour cette histoire. C’est lui qui m’a raconté l’anecdote des Koudous du Transvaal en Afrique du Sud, retrouvées mortes un matin sans traces de prédateur alentour. […] C’est une histoire incroyable, celle d’un meurtre parfait — Simenon peut aller se rhabiller ! »

« Je joue avec un code couleur particulier, une bichromie (du noir et une couleur) par séquence. Cela permet de différencier chaque scène, et d’éviter les récitatifs du genre "plus tard…" ou "le lendemain", que je trouve ringards. »

Francis Hallé et Zep à « La Grande Librairie » de François Busnel sur France 5 le 4 mai 2018. « Les arbres qui finissent par en avoir marre de l’être humain et qui se vengent, j’aurais été déçu de ne pas y être ! », déclarait Francis Hallé.


Résumé de la BD

1. Théodore arrive en Suède, dans la réserve de Doksla, comme stagiaire du Professeur Frawley… Ce dernier lui explique l’objet de son travail : il doit relever les capteurs placés un peu partout dans la forêt… Frawley lui recommande d’approcher les arbres en ami, car ils peuvent escamoter leurs informations dans les airs ou profondément sous la terre par le réseau racinaire ! De même, ils peuvent modifier leur composition chimique en quelques instants (voir « le koudou et l’acacia »).

2. Théodore découvre en forêt de drôles de champignons… Il sait que les champignons font circuler les informations entre les racines des arbres (c’est le fameux réseau souterrain ou Wood Wide Web)…

3. Voici la thèse de Frawley (elle lui a valu le retrait de sa chaire à Harvard et son « exil » en Suède…) : les arbres communiquent avec la Terre et on peut imaginer qu’elle leur partage sa mémoire… voire même qu’elle la stocke dans les arbres ! Pionnier de la paléo-botanique, Frawley a séquencé l’ADN d’une feuille d’érable déposée sur un glacier il y a plus de 100 000 ans : il y a trouvé un journal de la Terre depuis ses origines ! Sa théorie est que l’arbre réagit à la présence de l’Homme en détruisant et effaçant ce Codex… et que si la feuille d’érable contient le codex, c’est parce que l’homme n’est apparu que 60 000 ans plus tard… Le codex est dans chaque cellule de chaque arbre, mais ils l’effacent dès que l’homme s’en approche…

4. Un peu plus tard, Frawley révèle à Théodore ce qu’il a découvert dans le codex : il y a 66 millions d’années, les végétaux ont modifié leur métabolisme et les arbres ont modifié leur nature… Il ne croit pas à la théorie d’une météorite qui aurait supprimé les seuls dinosaures en épargnant les mammifères et les végétaux… Il pense que c’est la Terre qui a décidé de se débarrasser des dinosaures « devenus nuisibles au développement des autres espèces en dévorant les ressources terrestres sans rien apporter en retour » ! « Ils avaient cessé de participer à l’équilibre général »… « Un peu comme nous ? », demande Théodore. « Non, répond Frawley, nous, nous créons le déséquilibre ! ».

5. L’analyse des capteurs révèle que les arbres diffusent une substance volatile inconnue. Et le champignon qui se développe un peu partout n’est pas non plus répertorié… mais c’est le même que l’on a retrouvé récemment dans les Pyrénées où 32 personnes sont mortes mystérieusement il y a six semaines ! Les analyses révèlent que les champignons sont gorgés d’une molécule inconnue… laquelle se rapproche beaucoup du Kereol, la molécule utilisée dans les armes chimiques en Syrie !

6. Frawley et Théodore se rendent en forêt pour voir de plus près les champignons : mais ceux-ci sont alors complètement secs, ils ont été vidés de leur substance… « Les champignons n’étaient là que pour approvisionner les arbres en kereol ! », s’écrie Frawley. Et le second marqueur auquel Frawley fait allusion ? En Argentine, d’autres chercheurs ont pu analyser l’ADN d’une hêtre qui venait d’être frappé par la foudre : surpris, l’arbre n’a pas eu le temps d’effacer son codex… La séquence est plus complète que celle de l’érable vieux de 100 000 ans. Et le marqueur que Frawley avait corrélé à la disparition des dinosaures apparaît une seconde fois ! Au moment où Frawley s’effondre, les chercheurs argentins font savoir au labo que le second marqueur apparaît à la fin de la séquence, ce qui correspond à… aujourd’hui !

7. Théodore, affolé, retourne au labo : tout le monde est mort ! Il se rend au village et constate la même chose : seuls les animaux sont vivants. Il comprend alors : « ce qui était écrit dans le codex, c’est le programme d’extinction de l’espèce humaine en utilisant les arbres pour nous empoisonner »… Les pages de la BD présentent alors les capitales mondiales (ici : Londres) remplies de cadavres, comme Théodore peut le voir sur Google, jusqu’à ce que l’électricité saute… Dans le noir, il attend son tour.

8. Mais son tour ne vient pas ! Ne comprenant pas pourquoi les arbres l’ont épargné ou… oublié, Théodore suit son instinct qui lui dit de partir vers le Sud. Il traverse des paysages où seuls les animaux déambulent, parmi les cadavres d’humains et de voitures… Au bout de deux mois, il arrive dans un village où se sont regroupés près d’un millier de survivants, venus de partout… Comme eux, il ne doit sa survie qu’à une chose : être simplement un point dans la statistique des arbres !

9. « Ils nous avaient amenés ici… où tout était à recommencer… humblement », constate Théodore. Et c’est ici la dernière page de l’album, où on le voit avec la jeune fille qu’il avait retrouvée avant d’arriver au village des survivants (qu’on devine dans le coin droit du bas de la case).

THE END


Le koudou et l’acacia

« C’est une anecdote incroyable. Du genre de celles qui éveillent immédiatement l’imaginaire d’un raconteur d’histoires comme Zep », peut-on lire dans une critique de la bande dessinée The End.

« Un jour, son fils aîné, Arthur, étudiant en botanique, raconte à l’auteur de Titeuf le récit insensé – mais véridique – des koudous du Transvaal en Afrique du Sud ».

Voilà comment le Pr Frawley l’expose dans la BD : « ce sont des grosses antilopes qu’on a laissées se développer dans les parcs… parce que cela plaisait aux touristes et aux chasseurs. Un matin, un gardien découvre des dizaines de koudous morts… Pas de traces de blessures, pas de traces de prédateur. Dans leur estomac, on trouve des feuilles d’acacia : normal, puisque c’est leur principale nourriture. Mais en poursuivant l’autopsie, on décèle dans ces feuilles un taux de tanin mortel ! On analyse alors les arbres alentour : tout est normal ! »…

L’explication suit, toujours dans la bouche de Frawley : « les koudous étaient devenus trop nombreux… Les acacias en ont éliminé une partie : ils ont envoyé un signal, qui a voyagé avec le vent… Les arbres ont modifié brièvement leur composition chimique, ils ont fabriqué un poison pour éliminer les antilopes devenues trop nombreuses et donc nuisibles. Tous les acacias sont devenus toxiques en même temps ! Puis, une fois leur tâche accomplie, ils sont redevenus comestibles ».

Il est intéressant de lire sur le site de Tela Botanica l’analyse critique d’Adrien Delattre (le koudou et l’acacia : histoire et analyse critique d’une anecdote). Car l’anecdote, qui remonte aux années 1980, est devenue un cas d’école des échanges chimiques entre les plantes…

On y apprend tout de même que « les koudous en liberté, eux, ne sont pas affectés, car ils peuvent changer d’arbre lorsque la concentration en tanins augmente. Curieusement, ils se déplacent systématiquement face au vent. En effet, les acacias ont la capacité d’avertir leurs semblables d’un danger en émettant un composé volatil, l’éthylène, qui diffuse sur quelques mètres. Les acacias situés sous le vent captent l’éthylène et synthétisent à leur tour des tanins dans leurs feuilles, ce qui illustre la capacité de communication inter-plantes. »

Une anecdote qui montre « comment une mauvaise gestion de la densité de population des koudous dans les ranches peut favoriser leur mortalité, et illustre la capacité de certaines espèces d’arbres à modifier leur métabolisme en réponse à l’herbivorie ». Et qui nous rappelle aussi « de ne pas céder au sensationnalisme, et d’exiger des preuves avant de croire à un récit séduisant ou étonnant, même lorsque des experts du domaine considéré semblent accréditer ce récit au-delà de tout soupçon ».