Biomasse et forêt : les abus de l’industrie

Lecture 2 mn

E-CHO à Lacq et Biochar à Garlin : destruction de la forêt au pied des Pyrénées


C’est au cœur du bassin industriel de Lacq que souhaite s’installer le projet E-CHO, porté par l’industriel Elyse Energy, visant à produire chaque année :

  • 60 000 tonnes d’hydrogène (HyLacq)
  • 50 000 tonnes d’e-méthanol (eM-Lacq)
  • 82 000 tonnes d’e-biokérozène (BioTjet)

Le coût de l’opération : 8 millions pour démarrer et 2 milliards au total (eM-Lacq pour 600 M€, HyLacq pour 400 M€, BioTJet plus Biochar à Garlin pour 1 milliard).

La question centrale : d’où vient la biomasse ?

Pour fonctionner, le projet E-CHO a besoin notamment de 300 000 tonnes de biomasse sèche (soit 500 000 tonnes de biomasse brute) afin de produire le carbone nécessaire à l’e-biokérosène — soit 1 % du kérosène utilisé dans l’aviation.

E-CHO, c’est 500 000 tonnes par an de matière ligneuse. Biochar, c’est 135 000 tonnes de bois par an à pyroliser pour en extraire 20 000 tonnes de « bio-charbon » destiné à fertiliser les sols. Au total, cela représenterait 435 000 tonnes d’arbres par an ! Les prélèvements se feraient, pour E-CHO, dans un rayon de 200 km autour de Lacq et pour Biochar, dans un rayon de 150 km autour de Garlin.

En matière d’eau : alors que le site de Lacq prélève actuellement 12 millions de m³, ces nouveaux projets y ajouteraient 8 millions de m³ supplémentaires.

Selon l’association Génération Écologie 64 : « il faut arrêter d’utiliser l’énergie fossile, mais pas à n’importe quel prix ! »

Un site idéal ? L’histoire industrielle de Lacq

À 12 km de la ville de Pau, le village de Lacq et ses alentours ont retenu dès 1941 l’attention des géologues. Le gisement de gaz est découvert le 19 décembre 1951, à 3 555 m de profondeur — un gaz toxique qui nécessitera l’évacuation des populations locales. L’exploitation démarre en 1957 et ne cessera de se développer jusqu’à la fin des années 1970. En 1955, les réserves sont estimées à 150 milliards de m³.

Profitant de l’énergie de l’hydrogène sulfuré, les entreprises accourent : EDF installe une centrale thermique à Artix, Péchiney construit une usine d’électrolyse à Noguère, et d’autres entreprises arrivent (Rhône-Poulenc, Atochem, la Cofaz). Lacq devient le site majeur de l’industrie chimique lourde. Une ville nouvelle de 12 000 habitants est créée : Mourenx-Ville-Nouvelle.

Le déclin commence avec la réduction de la production de gaz à partir de 1983. La privatisation d’Elf-Aquitaine en 1994 donne lieu à des manifestations à Pau. Aujourd’hui, avec l’installation d’Engie (chaudières biomasse), de Vertex (bioéthanol) et de Messer (valorisation du CO₂ biogénique), le bassin retrouve une certaine attractivité.

Un précédent : la méga-scierie Florian de Lannemezan

Le projet de Lannemezan (méga-scierie Florian) avait été abandonné sous la pression des associations de défense de la forêt et de la biodiversité (dont SOS-Forêt, l’Appel pour des Forêts Vivantes). Ce projet aurait nécessité de couper entre 400 000 et 540 000 m³ de bois sur pied par an (voir RF n°464 de septembre 2022). Face à ce nouveau projet qui s’annonce aussi destructeur, la mobilisation citoyenne doit se poursuivre.

« NO PASARAN ! »


La CGT-Forêt a été, dès le début, partie prenante de la constitution du collectif « Touche pas à ma Forêt » ainsi que les Unions Départementales CGT et le collectif SOS-Forêt des Pyrénées. Un collectif regroupant plus de 50 organisations politiques, syndicales, associatives de protection de la nature, mais aussi professionnelles du bois, s’est rapidement constitué.