Deux rapports sur la forêt française et son adaptation au changement climatique

39 propositions pour l’adaptation de la politique forestière et la restauration des milieux forestiers.

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Une mission parlementaire, émanation de la Commission du développement durable et de l’aménagement du territoire, a présenté début mai son rapport sur « l’adaptation au changement climatique de la politique forestière et la restauration des milieux forestiers ».

Cette mission transpartisane était présidée par la députée LFI-NUPES de la Creuse, Catherine Couturier, et la rapporteure en a été la députée de Gironde LREM Sophie Panonacle.

Pour sa présidente, l’enjeu est simple : « Assurer la survie des forêts françaises et maintenir les conditions de vie sur Terre ! »

Cette nouvelle mission fait suite à de nombreuses autres réflexions des élu·es sur la forêt : mission parlementaire de Mathilde Panot (LFI), mission confiée par le Président de la République à Anne-Laure Cattelot, commission du Sénat sur les incendies de forêt après le catastrophique été 2022… Tous ces travaux concluent à la nécessité de renforcer les effectifs des organismes forestiers (dont ceux de l’ONF) ainsi que les moyens de lutte contre les risques liés au changement climatique.

Mais si ce rapport souligne l’urgence d’agir face à l’aggravation de la situation, il ne semble pas que l’État soit décidé à prendre des mesures à la hauteur des enjeux.

Il ne s’agit en outre que d’un rapport d’information, même si les responsables de cette mission souhaitent traduire leurs 39 propositions dans une Proposition Parlementaire de Loi (PPL).

Analyse CGT-Forêt

Par exemple, en ce qui concerne l’ONF, les propositions préconisent de nouveaux emplois pour les forêts des DOM et particulièrement la Guyane… Est aussi souhaitée la création d’une nouvelle Mission d’Intérêt Général confiée à l’établissement pour mettre en œuvre les mesures de préservation des forêts face aux effets du changement climatique… Mais les propositions ne disent rien du statut de ces personnels et ne chiffrent pas leur quantité !

Plusieurs propositions concernent la lutte contre les incendies : cartographie des massifs, mise en œuvre des Obligations Légales de Débroussaillement… Ces propositions nécessitent elles aussi de recréer des emplois, avec des statuts qui garantissent les capacités d’action des personnels.

Pour la DFCI, des encouragements sont souhaités pour faciliter le recrutement de pompiers volontaires, mais il faudrait également reconstituer les effectifs professionnels rendus nécessaires par la multiplication des risques et leur dangerosité.

Par ailleurs, si le rapport tranche en faveur de la multifonctionnalité et du traitement irrégulier des forêts, les mesures visant à limiter les coupes rases à une surface de 2 hectares risquent de laisser encore beaucoup de trous dans la raquette par manque de personnels pour en effectuer le contrôle.

À noter également l’orientation voulue de reporter une partie des moyens financiers attribués au bois-énergie vers l’aide à la modernisation des scieries : il s’agit de favoriser les circuits courts pour mieux valoriser la ressource au plus près des territoires.

Ce rapport balaie largement l’état des lieux de nos forêts et les menaces qui pèsent sur elles… Mais les mesures qui devraient en découler méritent d’être affinées en mettant en corrélation les moyens humains, organisationnels et financiers.

Sans cela, la proposition 39 visant à instaurer une fête de la forêt le 21 mars risque de se transformer en cérémonie de deuil !

Pour la CGT-Forêt, la reconstruction d’un grand service public forestier est une urgence qui s’impose après des années de démantèlement aux effets catastrophiques.

Le rapport et les débats sont consultables sur le site de l’Assemblée Nationale : https://assnat.fr/rCImic


Un rapport de l’Académie des sciences sur les forêts françaises face au changement climatique

Rapport du Comité des sciences de l’environnement de l’Académie des sciences et points de vue d’Académiciens de l’Académie d’Agriculture de France — juin 2023.

Parmi les contributions de la forêt française au bien-être, celle de puits et de stockage de carbone a pris beaucoup d’importance ces dernières années et fait jouer aux forêts un rôle majeur dans la Stratégie Nationale Bas Carbone. Depuis 2010, du fait de l’accélération du changement climatique et de ses impacts ces dernières années, la productivité diminue, le taux de mortalité, y compris des jeunes plantations, augmente ainsi que le risque incendie, et ces tendances sont amenées à se poursuivre dans les décennies à venir.

Les derniers bilans de l’Inventaire Forestier National et du CITEPA (Centre interprofessionnel technique d’études de la pollution atmosphérique) suggèrent que les objectifs affichés de la SNBC-2 pour la filière forêt-bois ne pourront pas être tenus, et qu’il est urgent de les réviser.

L’accélération des dépérissements massifs appelle à la mise en œuvre d’un plan d’adaptation des forêts françaises au changement climatique de façon urgente. À cet égard, il apparaît essentiel que les projets financés par le plan de relance forestier respectent scrupuleusement les préconisations pour l’atténuation mais aussi l’adaptation, en particulier en ce qui concerne l’usage des coupes rases et la diversité des essences au sein d’un peuplement.

Enfin, le bois devient une ressource dont les usages doivent être rationalisés. L’augmentation de la récolte de bois pour l’énergie issue de la biomasse ligneuse primaire dans les dix années à venir pose question. En effet, ce bois contribue à augmenter les émissions de CO2 sur un laps de temps pendant lequel celles-ci ne seront pas compensées par une séquestration équivalente.

(1) La biomasse ligneuse primaire correspond à tout bois récolté directement dans les forêts, y compris le bois récupéré à la suite de mortalité naturelle. La biomasse ligneuse secondaire correspond à tout bois issu d’une première transformation (chutes de scierie ou produits de bois recyclés ou en fin de vie).