Émeutes urbaines ou révoltes ?
90 organisations signent un texte commun pour sortir de l’affrontement.
90 organisations, parmi lesquelles des syndicats (CGT, Solidaires), des partis politiques (La France insoumise, EuropeEcologie-Les Verts, le Nouveau Parti anticapitaliste), des associations (Ligue des droits de l’homme, Amnesty) et des collectifs de quartiers, ont signé le 5 juillet un texte commun pour exprimer « le deuil » et « la colère » et dénoncer « des décennies de politiques publiques discriminatoires et sécuritaires ».
Notre pays est en deuil et en colère !
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Le meurtre de Nahel, tué par un policier à bout portant à Nanterre, a mis à nu les effets de décennies de politiques publiques discriminatoires et sécuritaires ciblant notamment les quartiers populaires et la jeunesse qui y grandit et particulièrement les personnes racisées et précarisées.
L’escalade des violences est une impasse et doit cesser. La conception essentiellement répressive de la police, et l’évolution législative de 2017 sur l’usage des armes de service, aggravent ce que la population vit et subit en termes de discriminations et de pratiques racistes.
Les tensions entre population et police viennent de loin et s’inscrivent dans une histoire marquée d’injustices, de préjugés, de violences, de discriminations, de sexisme… et d’un racisme systémique qui traverse l’ensemble de la société.
Les habitant·es des quartiers concernés et notamment les femmes pallient bien souvent seul·es les carences des services publics. La régression de ceux-ci (l’école, les lieux de partage et de culture, sportifs, la poste, les administrations etc.) et le recul du soutien de l’État au tissu associatif ont largement contribué à marginaliser ces quartiers, voire des territoires entiers, comme dans les Outre-mer.
L’abandon de ces populations de quartier est aggravé par le contexte économique d’appauvrissement, d’inflation, de hausse des loyers, des prix l’énergie et la réforme de l’assurance chômage. Les inégalités sociales touchent particulièrement les enfants et les mères isolées. C’est ce que montrent les révoltes qui ont secoué les quartiers populaires depuis quelques jours en réaction à la tragédie de Nanterre.
Dans le document, il n’est pas question d’émeutes urbaines, ni de casseurs ou de pilleurs, mais de « révoltes » qui trouvent leur origine dans « l’abandon des populations » des quartiers populaires, pénalisées par les « inégalités sociales » et « l’inflation ».
En plus de décennies de dérives d’une politique du maintien de l’ordre, de lois sécuritaires (loi sécurité globale, loi séparatisme…) et de mesures d’exception, nous assistons à des pressions du gouvernement pour mettre en place une justice expéditive.
L’urgence n’est pas celle de la répression qui ne fera que renforcer l’extrême-droite et fera reculer une fois de plus les droits et libertés. L’apaisement durable n’est possible que si le gouvernement prend les mesures nécessaires pour répondre à l’urgence de la situation et aux exigences des populations concernées.
L’ONU a critiqué à plusieurs reprises les politiques sécuritaires et les problèmes institutionnels de racisme en France, en particulier dans les forces de l’ordre. Les discriminations sont un poison toxique qui décrédibilise l’idée même d’égalité et sème le désespoir.
Nous dénonçons l’appel à la guerre civile contre les quartiers populaires et la qualification des personnes qui en sont issues de « nuisibles » par des syndicats de policiers.
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## La situation nécessite que le gouvernement prenne ses responsabilités :
– abrogation de la loi de 2017 sur l’assouplissement des règles en matière d’usage des armes à feu par les forces de l’ordre ;
– une réforme en profondeur de la police, de ses techniques d’intervention et de son armement ;
– le remplacement de l’IGPN par un organisme indépendant de la hiérarchie policière et du pouvoir politique ;
– la création d’un service dédié aux discriminations touchant la jeunesse au sein de l’autorité administrative présidée par le Défenseur des droits et le renforcement des moyens de lutte contre le racisme, y compris dans la police.
Rien ne peut cependant se faire sans un autre partage des richesses, sans lutter contre les inégalités sociales. Rien ne peut se faire sans la lutte contre la pauvreté et la précarité, aggravées par le dérèglement climatique, la hausse des loyers et des charges, et sans le renforcement des services publics et de l’éducation populaire.
Nos organisations syndicales, associations, collectifs, comités et partis politiques sont mobilisés pour le maintien des libertés publiques et individuelles.
Dans l’immédiat, nous appelons à rejoindre tous les rassemblements et marches autour de ces revendications, partout dans le pays, à l’exemple de celle de la Coordination Nationale contre les violences policières du 15 juillet.
Tout est à repenser et construire.