Et si la forêt française n’absorbait plus de CO2 ?
La forêt française, un puits de carbone en péril.
Cette perspective inquiétante n’est pas aussi irréaliste qu’elle en a l’air. La tendance est en effet clairement à la baisse : la forêt française absorbe deux fois moins de carbone qu’il y a une décennie.
Selon les dernières données officielles, la forêt française a absorbé, en 2021, 31,2 millions de tonnes équivalent CO2 (Mteq CO2), soit environ 7,5% des émissions nationales. Mais c’est deux fois moins que dix ans plus tôt (57,7 Mteq CO2). Et depuis 1990, hors tempête, ce chiffre n’a été plus faible qu’à une seule reprise, en 2019 (−30,1 Mteq CO2).
Le Haut Conseil pour le climat est l’un des premiers organismes à s’être alarmé, dans son rapport de juin 2022, de la « dégradation significative de la capacité des forêts à capter du carbone », celles-ci demeurant malgré tout le principal puits naturel du pays.
« Tout le monde est resté sur l’idée que la forêt constituait un puits de carbone stable, mais ce n’est pas du tout le cas », souligne Philippe Ciais, climatologue au Laboratoire des sciences du climat et l’environnement.
« La situation est peut-être encore plus alarmante que ce que disent les données, car celles-ci ne prennent pas en compte l’impact des sécheresses de 2022, ajoute Florin Malafosse, expert forêts et filière bois chez Solagro. L’idée que la forêt puisse devenir une source d’émissions constitue en tout cas un changement de paradigme complet. »
Une dégradation de la capacité de stockage
3 raisons principales expliquent la baisse du puits de carbone forestier :
D’abord, la croissance des arbres a chuté d’environ 10% en dix ans. En cause, notamment, les sécheresses récurrentes depuis 2015, liées au dérèglement climatique : moins il y a d’eau, moins les arbres poussent et moins ils stockent de carbone.
Ensuite, la mortalité a augmenté de 54% en une décennie, en raison des sécheresses, mais aussi de la multiplication des attaques de ravageurs (insectes, champignons…), dont certaines sont également favorisées par le réchauffement. « Jusqu’ici, les épisodes de forte mortalité, telles que les tempêtes de 1999 ou 2009, étaient considérés comme des accidents. Il va maintenant falloir les gérer de façon systémique et non épisodique », note M. Malafosse.
Enfin, la récolte de bois a légèrement augmenté, le taux de prélèvement passant d’environ 55% il y a dix ans à 65% aujourd’hui.
Les prairies, deuxième contributeur au stockage de carbone en France, voient également leur capacité diminuer depuis 2010 (8,3 Mteq CO2 en 2020), tout comme les produits bois (0,8 Mteq CO2).