La centrale biomasse de Gardanne : enfin l’enquête publique !

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Une enquête publique d’une ampleur inédite s’est ouverte le 5 mai et pour un mois. Son périmètre couvrira 3 régions (Provence-Alpes-Côte d’Azur, Occitanie et Auvergne-Rhône-Alpes), 16 départements et 324 communes — des collectivités potentiellement concernées par des prélèvements dans leurs massifs forestiers pour alimenter la plus grosse centrale biomasse de France, gérée par GazelEnergie.

Rappel du contexte

Le 27 mars 2023, le Conseil d’État avait annulé l’autorisation d’exploiter : « l’exploitation de la centrale, jugeait-il, repose sur la consommation de très grandes quantités de bois provenant de ressources forestières locales […]. Il s’ensuit que les principaux impacts sur l’environnement de la centrale par son approvisionnement en bois, et notamment les effets sur les massifs forestiers locaux, doivent nécessairement être analysés dans l’étude d’impact. »

La centrale d’une capacité de 150 MW s’est remise à fonctionner en janvier 2025, après avoir été maintes fois perturbée par des conflits sociaux et des nécessités d’entretien. La signature fin novembre 2024 de son contrat avec l’État d’achat d’électricité sur huit ans (pour 800 millions d’euros) a permis ce redémarrage. Fin mars, elle avait tourné 1 500 heures. Elle pourra fonctionner jusqu’à 4 000 heures par an au maximum au lieu des 7 500 heures initialement envisagées — un plafonnement qui atténue ses besoins de bois, désormais de l’ordre de 450 000 tonnes au lieu de 850 000 tonnes.

GazelEnergie a déposé son complément à l’étude d’impact mi-2024, donnant lieu à un avis de l’autorité environnementale (AE) nationale le 5 décembre 2024.

L’approvisionnement en bois

  • 150 000 tonnes de plaquettes proviendraient de l’importation (Espagne 85 000 t, Italie 5 000 t, Brésil 60 000 t d’Eucalyptus traité en taillis à courte rotation)
  • 335 000 tonnes de plaquettes françaises par an (environ 450 000 m³) : 38 % par PACA, 33 % par Occitanie, 12 % par AURA, 17 % par les autres régions. Essences attendues : Pin d’Alep (36 %), Pin sylvestre (26 %), sapin (12 %), Pin noir (10 %)

« Nous n’allons prélever que 4 % de la consommation de ressource exploitable sur le périmètre », affirme GazelEnergie. Selon les données relevées dans l’avis de l’AE, c’est plutôt d’un approvisionnement à 545 000 tonnes par an dont il s’agit !

Enjeux d’emploi

Environ 450 emplois sont liés à la remise en service (120 salariés + une centaine de sous-traitants + forestiers). Le terminal minéralier de Fos-sur-Mer, en difficulté depuis la fin des importations de charbon, a été placé en redressement judiciaire : le Port a lancé un appel d’offres pour un nouveau concessionnaire à compter du 1er juin 2025, sur un terminal devenant « multivracs ».

À Gardanne, on brûle du bois pour chauffer les oiseaux

Reconvertir des centrales à charbon en centrales à bois est une très mauvaise idée pour le climat. Pour continuer à produire de l’électricité, cette centrale a été conçue pour engloutir près de 450 000 tonnes de bois chaque année. Le rendement énergétique étant de l’ordre de 35 %, une grande partie de l’énergie de combustion est libérée directement dans l’atmosphère sous forme de chaleur. Selon certains, le rendement descendrait à 23 %, ce qui revient à brûler 4 arbres dont 3 ne feront que réchauffer l’atmosphère ! Alors que ce scandale est dénoncé depuis des années, le gouvernement a reconduit en novembre 2024 le contrat d’achat à tarif préférentiel pour 10 ans et environ 800 M€/an.

Un projet CGT pour Gardanne ?

En avril 2023, Sophie Binet, juste élue secrétaire générale de la CGT, suite à un déplacement à la centrale de Gardanne, adressait un courrier à Élisabeth Borne, alors Première Ministre. La CGT, avec les salariés de la centrale, avait travaillé un projet de reconversion basé sur la méthanisation : « ce projet repose sur la méthanisation, avec un procédé de production de gaz limitant les émissions de gaz à effet de serre », avec un triple intérêt — indépendance énergétique, réutilisation des déchets de bois, maintien et création d’emplois.

En juin 2024, la CGT orchestrait de nouvelles actions devant l’absence de réponse du ministère de l’Énergie. Le projet de production de biogaz par méthanisation (BGG — Bio Gaz Gardanne), porté par l’ATCG (association des travailleurs de la centrale), était prêt à passer à la phase test. Le nouveau patron de GazelEnergie aurait même proposé de financer de nouvelles études.

Le 26 novembre 2024, la CGT prenait acte de l’accord trouvé entre le gouvernement et GazelEnergie pour un contrat sur huit ans, et ajoutait : « la CGT attend du gouvernement d’acter par un écrit son soutien au projet BGG afin de sécuriser le positionnement des industriels ayant manifesté leur intérêt pour ce projet. »

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auteur Ron lach