Les forêts occitanes face aux dérives du renouvellement forestier
11 millions d’arbres à planter d’ici 2026…
L’objectif présidentiel de renouveler 10 % de la forêt française et de planter 1 milliard d’arbres d’ici à 2032 s’est traduit par un Plan national de renouvellement forestier destiné à être décliné régionalement, notamment par les Commissions Régionales Forêt-Bois (CRFB). Un militant CGT-Forêt siège à la CRFB de la région Occitanie, au titre du conservatoire d’espaces naturels du Languedoc-Roussillon. Il nous fait part ci-dessous de ses inquiétudes.
La forêt occitane : quelques chiffres
L’Occitanie est la 2e région forestière de France en surface avec 2,674 millions d’hectares. Plus de 58 % des forêts se situent en zone de montagne (Massif Central et Pyrénées) et plus de 18 % en zone méditerranéenne.
Ce que prévoient les propositions soumises à la CRFB
« Plus de 90 000 hectares de forêts d’Occitanie ont été identifiés comme subissant ou allant subir les conséquences du changement climatique et à ce titre doivent être renouvelés. L’objectif de plantation assigné à la région est de 11 millions d’arbres à planter d’ici 2026. »
Parmi les décisions proposées arrive évidemment le reboisement après coupe rase de tous les peuplements dont le critère de 20 % d’arbres morts a été retenu et des peuplements « pauvres » issus souvent des accrus de la déprise agricole.
Ce projet imposé représente plus de 390 hectares par an de plantations, sans que la régénération naturelle ni les améliorations forestières ne soient prises en compte. Le renouvellement, tel qu’il est ici conçu, sert prioritairement les entreprises pépiniéristes et de plantations, avec comme objectif des forêts monospécifiques de résineux propres à l’industrie du bois.
La contre-proposition des ONG
Face à ce plan, les ONG (FNE, LPO, WWF, CEN Occitanie, etc.) ont rédigé leur propre contribution :
« 79 % de la forêt française a moins de cent ans et sa capacité de séquestration carbone est loin d’être atteinte. Dans de nombreuses situations, des peuplements considérés comme pauvres mais étant de simples accrus, peuvent être améliorés par des travaux sylvicoles à faible impact, et le cas échéant par des plantations d’enrichissement, évitant la solution toute faite de la coupe rase avec plantation de résineux. »
Concernant le critère des 20 % d’arbres morts, le Département de Santé des Forêts a précisé à plusieurs reprises qu’il n’est pas suffisant pour qualifier un peuplement de dépérissant. Il doit être relevé à 40 % et accompagné d’un diagnostic. Entre 20 et 40 % de dépérissement, la priorité doit être l’amélioration, sauf exception justifiée.
Cette contribution n’a pas été retenue par la commission régionale forêt-bois, car contraire au cahier des charges national.
Autre contribution non discutée : cibler prioritairement ces plantations vers les anciens reboisements déjà artificialisés et mûrs ou mal venants, la reconstitution des haies (des milliers de km à recréer), le boisement des zones d’extractions de matériaux abandonnées, certaines zones périurbaines, les friches industrielles, le soutien à l’agroforesterie.
Conclusion
La faible représentation des associations et des syndicats face aux représentants des entreprises forestières, aux experts, aux industriels du bois et autres, transforme ce genre de structure (la CRFB) en guichet de subventions et d’aides à la productivité « quoi qu’il en coûte ! ».
La bataille pour une forêt aux fonctions plurielles et garantissant la biodiversité devra se réaliser par des luttes sur le terrain.