Toujours plus d’électricité...!
La forêt en ligne de mire...
Le « besoin » de toujours plus d’électricité peut conduire à des inepties !
Le choix d’une énergie renouvelable semble une évidence : les ressources terrestres sont, sinon épuisées, du moins épuisables à court terme. Mais ce choix doit se faire en concertation avec les populations concernées et en fonction des nuisances (visuelles, sonores…) et non dans le bureau feutré d’un Préfet.
En période de changement climatique, les EnR (énergies renouvelables) sont les moins impactantes pour l’homme et pour la planète. Encore faudrait-il, pour les installer, ne pas détruire les espaces naturels qui nous servent de puits de carbone !
La forêt de Lanouée sacrifiée par le Conseil d’État
En avril 2021, c’est le Conseil d’État lui-même qui sacrifiait la forêt de Lanouée et son cortège d’espèces protégées : l’ultime recours devant la plus haute juridiction administrative n’aura pas permis d’épargner la biodiversité dans le second massif forestier de Bretagne.
Le Conseil d’État autorisait la construction d’un parc éolien géant de 17 turbines de 185 mètres de hauteur à l’intérieur de la forêt de Lanouée. Une décision « au nom du peuple français ». Vraiment ? Ce jugement piétinait ouvertement le droit (article L.411-1 du code de l’Environnement). Le rapporteur public avait demandé l’annulation de la dérogation pour destruction des espèces protégées : le porteur de projet n’avait pas démontré l’absence de possibilité d’extérioriser son projet à la forêt, comme l’y obligeait la Loi ERC (éviter, réduire, compenser).
Toujours en Bretagne, la DREAL va jusqu’à éditer un guide méthodologique sur « le développement de l’éolien en forêt », alors que la région est l’une des moins boisées de France ! Cette industrialisation des derniers grands espaces naturels bretons est contraire à l’avis du Conseil Supérieur Régional de Protection de la Nature. On voit que l’éolien a totalement vérolé l’ensemble de la chaîne de commandement pour la mise en place des parcs : des élus jusqu’aux prestataires de service ou même à des intervenants censés être neutres comme les DREAL ou les DDTM.
Des projets partout sur les forêts
Un projet de centrale solaire dans les Vosges (49e département pour l’ensoleillement) sur 50 à 70 hectares, 3 500 € par hectare et par an dans la poche des propriétaires. Un paysage lunaire, un champ magnétique extrême, une baisse des valeurs immobilières accompagnent ces installations industrielles.
En Provence-Alpes-Côte d’Azur, 24 000 hectares, notamment en forêt, seraient destinés à l’installation de panneaux photovoltaïques. Peu connaissent le parc des « Landes de Gascogne », dans le Lot-et-Garonne : 1,2 gigawatt de puissance prévue sur 2 000 hectares, dont 700 de forêts.
Selon le recensement du collectif Elzéard, quelques 600 hectares de forêts sont menacés de coupes rases dans le secteur de Lure. « Presque tous les villages de la montagne de Lure sont concernés. C’est bizarre de vouloir sauver la planète en pillant les terres sauvages », se scandalise Sylvie Bitterlin, porte-parole du collectif.
L’installation de panneaux photovoltaïques dans les forêts reste problématique : Reporterre a identifié 82 projets et 3 400 hectares de forêts menacés. Un sol forestier met « près de 150 ans à se constituer sur une couche suffisante, propice à l’implantation de nouvelles espèces », explique Pierre Leloup, forestier dans les Hautes-Alpes. Et ces « éclaircies brutales » fragilisent aussi les peuplements limitrophes, soudainement mis en pleine lumière.
Les alternatives : centraliser sur les zones déjà artificialisées
« C’est plus facile de couper des bois que d’installer des parcs photovoltaïques sur des parkings, dans des zones déjà artificialisées, sur des toitures, n’importe où, sauf dans des bois », déclare Jean Luchet, président de l’Association APEG. Il propose de constituer des centrales villageoises, comme dans la communauté de communes de Dieulefit-Bourdeaux : 1 200 m² de toitures équipées de panneaux solaires, 263 mégawatts/heure (MWh) par an au bénéfice de 224 résidents.
Le photovoltaïque doit utiliser les zones déjà artificialisées telles que les parkings commerciaux, les bâtiments industriels, les hangars agricoles.
Il faut aussi privilégier la réduction des consommations électriques en améliorant l’isolation des passoires thermiques, en arrêtant les grands projets horriblement gourmands en énergie et destructeurs de l’environnement — tels que les serveurs pour l’Intelligence Artificielle. Selon un rapport de l’AIE publié le 10 avril, la consommation électrique des centres de données va être multipliée par deux d’ici à 2030 pour peser 3 % de la consommation mondiale — l’équivalent de la consommation du Japon.
Le bouquet énergétique français (2023)
(Source : Chiffres clés de l’énergie — Édition 2024, SDES)
La consommation finale à usage énergétique s’élève à 1 496 TWh en 2023, en baisse de 3,2 % par rapport à 2022. Le bouquet énergétique se compose de : nucléaire 38,6 %, pétrole 29,6 %, gaz naturel 13,5 %, énergies renouvelables et déchets 15,4 %, déchets non renouvelables 0,8 %, charbon 2,1 %. Pétrole et gaz importés représentent encore près de 60 % de l’énergie consommée en France.
Le bois-énergie représente la quasi-totalité de la biomasse solide (4,8 % de la consommation) : il demeure la première source d’énergie renouvelable en France, loin devant l’électricité d’origine hydraulique (2,2 %). Il est quasi exclusivement dédié au chauffage.
La production d’électricité en 2023
La production nette d’électricité s’élève à 505 TWh en 2023, en hausse de 11 % par rapport à 2022. L’électricité nucléaire représente 64 % de la production totale et l’électricité renouvelable 29 %.
- 92 % de cette électricité renouvelable est issue des EnR électriques (hydraulique, éolien, solaire photovoltaïque, énergie marémotrice) ; 8 % des EnR thermiques (biomasse solide, biogaz, géothermie…)
- Production hydraulique : +18,6 % après l’année 2022 marquée par la sécheresse
- Production éolienne : +38 % en raison de l’augmentation du parc et des conditions de vent favorables
- Production photovoltaïque : +16 % en raison de la croissance du parc
- Centrales thermiques : −26 % (49 TWh), beaucoup moins sollicitées