Une marche sur Paris contre l’usage des pesticides

Ils ont marché 900 km en deux mois pour réclamer l’arrêt des pesticides !

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Témoignage de Louis-Dominique Auclair, administrateur bénévole du Conservatoire d’espaces naturels Occitanie, militant écologiste et syndiqué CGT-Forêt retraité.


Le Conservateur de la réserve naturelle de la Massane dans les Pyrénées-Orientales, Joseph Garrigue, et sa compagne Françoise se sont lancés dans cette aventure pour dénoncer les effets terribles de l’effondrement de la biodiversité provoqué par l’utilisation des pesticides. Ils ont marché du 13 janvier au 2 mars, avec une arrivée à l’Académie du Climat à Paris, accompagnés par nombre de citoyens et d’associations les rejoignant sur certaines tranches du parcours. Lors de leurs étapes, ils ont assuré de nombreuses conférences le soir.

Des dendrotelmes mortels !

Joseph Garrigue est le conservateur de la réserve de la Massane, qui détient le record mondial d’étude du vivant avec plus de 40 000 espèces répertoriées. Il s’est lancé dans cette aventure après une analyse des dendrotelmes de la réserve — ces petites mares créées dans le creux des arbres.

L’étude a révélé la présence d’une énorme quantité de métaux lourds dans ces eaux : « l’équivalent de ce qui va être retrouvé dans un port industriel comme Marseille ». Cette pollution, qui arrive avec les pluies et le vent, s’accumule au fil du temps. Mercure, plomb, arsenic, sulfate de cuivre… autant de composés retrouvés en grande quantité dans les eaux de la forêt de Massane et utilisés dans l’agrochimie, notamment sur les vignes qui entourent la réserve.

Les animaux viennent s’abreuver dans ces dendrotelmes, notamment en période de sécheresse. « La forêt est salie, souillée par l’activité humaine », alerte le scientifique.

Un cas emblématique : la forêt de la Massane

La Massane est une vieille forêt en « libre évolution », où de vieux arbres (certains de plus de 400 ans) ont des cavités naturelles qui s’emplissent d’eau et dans lesquelles la faune s’abreuve. Elle est pourtant située dans un site de montagne éloigné de l’urbanisation de la plaine du Roussillon et est inscrite au patrimoine universel de l’UNESCO pour la qualité de son biotope.

Elle jouxte la réserve forestière domaniale gérée par l’ONF et la forêt en libre évolution acquise par le Conservatoire d’espaces naturels Occitanie : un ensemble forestier protégé voué à la recherche, mais touché par la pollution !

Une arrivée à Paris remarquable

Leur arrivée à Paris a réuni une salle comble avec des interventions de Gilles Bœuf, biologiste, ancien Président du Muséum d’Histoire Naturelle, du Professeur Sultan, endocrinologue pédiatre, et d’autres associations spécialistes de la forêt et de l’environnement. Le groupe s’est ensuite rendu Place de la République où Joseph Garrigue fit une intervention au rassemblement de la Confédération Paysanne en lutte.

Les politiques gouvernementales dénoncées

Il n’est pas possible de parler de défense de l’environnement sans dénoncer les mesures actuelles du gouvernement, en totale régression pour la biodiversité et la santé. Parmi les décisions dénoncées :

  • la pause du plan Ecophyto visant à réduire l’usage des produits phytocides et la modification du mode de mesure de ces pollutions
  • la pause sur les inventaires des zones humides, menaçant ainsi leur protection
  • le recul des décisions concernant le plan eau et la stabilisation des prélèvements agricoles
  • la stigmatisation et le désarmement de la police environnementale de l’OFB, la réduction des contrôles portant sur les pratiques interdites par rapport à la biodiversité, les atteintes à la qualité de l’eau
  • les moyens toujours plus insuffisants pour le service forestier

Seuls sont réellement entendus les tenants de l’agriculture industrielle et leurs lobbies — les représentants d’une agriculture qui n’est pas soutenable et qui fait disparaître l’agriculture « paysanne » au profit d’une vision capitaliste et industrielle.